15 September 2006

L'opération (suite 4)

Tout le long de la véranda, de la porte 1 à la porte 5, les bancs sont pleins de gens en attente de l'appel. Les carnets des malades sont divisés entre les docteurs de la porte 1, 2 et 5. Il faut donc faire attention à l'appel pour voir si on vous appelle de laquelle de ces trois portes. Il devrait déjà être 16h 30 et la plupart de ces gens ont mis leurs carnets faire la queue depuis 14h afin de ne pas être appelé tard. 2h 30 d'attente donc et certains commencent à s'énerver car l'appel ne commence toujours pas.   D'habitude l'appel se fait tout de suite après la visite du corps médicale dans les chambres de 15 à 16h sauf pour Fara qui était de garde et qui a commencé depuis 14h ses injections. Cette sage-femme fait donc aussi office d'infirmière. Ce jour-là il   a dû y avoir une réunion de ces médecins après la visite pour expliquer ce retard.

Presque tous les gens qui attendent sur les bancs papotent en attendant l'appel. C'est ainsi que j'apprends que mon voisin de gauche vient du sud de l'île et qu'il est venu pour accompagner sa sœur qui doit être opéré du goitre, une autre proche voisine qui vient de l'ouest, de Tuléar, vient pour rééduquer son bras qui bien que guérie d'une plaie purulente quelques temps après une perfusion qui a mal tourné, n'a pas encore recouvré une vraie mobilité.

Il y a deux ans lors de mon premier passage, il y avait un mec qui consultait pour une tumeur à la tête. Il venait de Diego qui se trouve à 1849 kilomètres de route ! C'est dire la renommée de cet hôpital.

Enfin 17h sonne et les premiers appel se font : 3 heures d'attente au lieu des 2 heures habituelles ! Chaque malade appelé entre pour sa consultation. Maman est bientôt appelée porte cinq tandis que 2 minutes après je suis appelé porte numéro deux.

C'est une doctoresse qui me reçoit porte N°2, sur son badge est inscrit Dr Seheno RAMAHERISON, médecin diplômé d'Etat. Une généraliste donc. Ici les docteurs sont connus des patients sous leurs prénoms et non sous leur noms de famille. Le Dr Seheno est visiblement de l'ethnie merina d'après son nom, son teint clair et son accent. La plupart des 30 personnes composant le personnel sont des merinas, à se demander comment ils arrivent à s'habituer d'habiter dans ce trou perdu, eux qui viennent généralement des grandes villes. Deux ou trois des médecins ont leurs maisons dans ce complexe médical, un peu à l'écart des bâtiments des malades. Les autres personnels habitent au village un peu en contrebas.

La doctoresse me demande ce qui m'amène à consulter et je lui dis à propos de mon allergie au soleil, mon hypotension orthostatique et mon oreille droite qui n'entend depuis belle lurette que vaguement, comme si les gens qui parlent sont dans une cave sous le sol.

- Votre problème d'hypotension orthostatique vient sans doute du fait que vous vous levez subitement et du fait que vous aviez faim. Cela peut aussi venir d'un manque de calcium. Vous avez des tests à faire, dit-elle en écrivant sur un bout de papier. Venez à jeun demain matin à 7h30 pour les tests au bâtiment près de l'échographie (cet hôpital possède un service échographique alors qu'Ihosy une ville de 30000 habitants n'en possède pas !). Voyons maintenant cette oreille. Et elle prend un instrument qui a un peu la forme d'une perceuse électrique qui a une vive lumière au bout.

- Vous n'aviez pas eu d'oreillon ou d'otite dans la petite enfance ?

- Non, je n'en ai pas souvenir.

Elle m'ausculte l'intérieur de l'oreille droite.

- Non vous n'avez pas le tympan perforé, et je ne vois pas d'objet resté à l'intérieur. Par contre je vois une otite et de l'eczéma.

Et elle me prescrit sur mon carnet du Vastarel en 20 comprimés, 30 comprimés de complexe B et du Ciplox goutte.

- 2 gouttes trois fois par jour. Pour le Vastarel c'est une fois par jour et le complexe B trois fois par jour. Pour votre problème d'allergie solaire, n'oubliez pas votre crème solaire écran total car c'est le seul prévention efficace. Les médicaments que je vous ai prescrits vous l'achetez à la pharmacie de l'hôpital près de la grille. Nous n'avons pas ici de la crème solaire car ça coûte vraiment cher, achetez ça en ville.

Puis elle me donne le petit papier pour les tests à faire pour le lendemain et un autre papier pour payer la consultation au petit bâtiment près de la grille d'entrée.

- Revenez me donner les résultats demain après-midi.

1000 ariary (0,37 euro) ici la consultation alors qu'à Ihosy elle est passée depuis six mois au moins à 3000 ariary (1,10 euro) ! Le corps médical à Madagascar applique au moins cinq fois ces tarifs pour les non résidents.

Je sort et j'attends Maman qui sort bientôt elle aussi de la porte 5. Elle a simplement répondu à quelques questions mais on lui a fait faire plusieurs tests pour demain aussi. Condition inévitable avant de passer à l'opération.

On arrive devant le bâtiment de la pharmacie après avoir payé ma consultation, pour maman la consultation sera inscrite sur sa facture lors de sa future sortie après l'opération. Devant la pharmacie c'est une bousculade ! Plusieurs mains avec les tickets des médicaments à acheter se tendent vers la fenêtre avec barreaux. Il n'y a pas moyen d'y entrer en tous cas. Tout le monde veut avoir bien vite ses médicaments. Je ne m'en sors qu'au bout de dix minutes et là, surprise sur le ticket de caisse, il est libellé en euro ! 13.000 ariary (4,76 euros) est devenu 13.000 €, avec 13000 euros je serais aussi riche que Crésus, enfin presque….

Pour l'instant c'est la plus grande dépense que nous ayons eu à gérer.

Après avoir eu mes médicaments, on rentre au village qui commence au bout cette longue allée d'environ 400m non asphaltée et bordée d'arbres. De part et d'autres des arbres, il y a sur environ 100 m de longueur les bâtiments d'habitation de la famille de Marie qui, d'après ce que j'ai cru comprendre, n'est pas un ordre religieux bien que les membres féminines ont fait vœux de chasteté. Puis vient la campagne et un petit terrain de foot assez minable qui n'a de terrain de foot que le nom. Le calme environnant et bien reposant est on remarque que le village et l'hôpital sont dans le creux d'une vallée somme toute assez jolie. Quelques corbeaux crient et volent un peu plus loin. On est en pleine nature. Moi je commence à vraiment sentir le froid qui tombe car j'ai oublié mon pull à l'hôtel, il doit faire 11°C.

No comments: