15 September 2006

L'opération (suite 2)

Je mets mon sac en toile de camouflage dans le dos et dans les mains le grand sac de maman et un petit sac où il y a quelques effets genres lunettes, casquette, baguettes de pains, paquets de biscuits et bouteille d'eau, rouleau de papier toilette. A Madagascar il faut toujours être prévoyant lorsqu'on voyage car on pourrait très bien avoir une panne en plein campagne sans pouvoir réparer la voiture parfois et sans habitation à des kilomètres. J'en ai fait une fois l'expérience avec une panne sur la route pour Fianarantsoa alors qu'on était en plein hiver et qu'il faisait 7°C la nuit…

Maman a dans les mains un petit sac et un petit carton avec quelques vaisselles de cantine au cas où on en aurait besoin.

Je regarde autour de nous, tout à côté du car il y a une boutique qui semble être le plus important de cette minuscule ville. Juste à côté du magasin il y a un resto sans prétention mais qui semble être tout de même mieux que les autres. Je me souviens tout à coup d'un sketch de Francis Turbo :

Les restos locaux doivent être « gradés », si les hôtels ont 1 ou 2 ou 3 étoiles, les restos doivent être échelonnés en fonction des mouches qui s'y trouvent. Il doit y voir ainsi un « resto 3000 mouches, resto 500 mouches ou 1 mouches. Le plus « gradés » en mouches étant le plus infect, lol !

 Je me dis in petto que celui-ci doit être un resto à 10 mouches ;-)

La boutique tout à côté appartient au propriétaire du car ainsi que le resto. Voilà pourquoi on n'est pas parti d'Ihosy plus tôt car il y a calcul : On coïncide l'arrivée du car avec l'heure du déjeuner afin de glâner quelques clients potentiels ! Cette fois pourtant aucun des voyageurs n'y est entré, beaucoup préférant sans doute un resto moins conventionnel et surtout moins cher.

Mais le plus important pour nous n'est pas de manger mais de trouver d'abord où se loger avant que les rares endroits ne soient pris par les quelques voyageurs qui pourront se payer une chambre, la plupart se logeront sûrement chez des connaissances.

Un homme qui doit être alcoolique à voir sa mine vient vers nous, un rabatteur sûrement, inévitable à Madagascar. Dès que vous descendez d'un car il y a des tas de mecs qui proposent pour vous un car pour votre destination final si vous êtes en transit, qui cherche un hôtel, qui cherche un porteur etc…Le plus dangereux étant le porteur qui peut tout d'un coup, s'il est malhonnête, s'enfuir avec vos bagages surtout s'ils sont légers.

Bon nombre de touristes se font avoir chaque année par ces porteurs, les touristes sont considérés par bon nombre comme des « dollars sur pattes » et les vêtements des voyageurs sont des indications pour ces rabatteurs avant de prononcer leurs prix. Un voyageur en tee-shirt et jean ne sera pas taxé au même prix qu'un homme en cravate ou en tennis Adidas qui coûte trois mois de salaire.

Répondant à nos questions sur l'existence d'un hôtel présentable avec douche et W.C, l'homme nous dit que oui et propose de porter un de mes sacs, ce que je refuse poliment même si je sais qu'il a peu de chance de s'enfuir avec mon bagage avec l'alcool qu'il doit avoir dans le sang. Et même s'il court avec je le rattraperais bien vite : je suis encore bon en sprint même si j'ai laissé l'entraînement bihebdomadaire depuis quelques années, mon record au 100m en 10sec44 datait bien de 11 ans déjà mais bon je cours encore même si ça devient plus rare. L'homme nous mène dans une rue pas bien loin. Là se trouve une maison à une étage qui ne paie pas de mine sans être dégueulasse pour autant (allons, il ne faut pas faire le difficile dans ce trou perdu). Sur l'enseigne est écrit « TSY VERY ANJARA », ce qui peut se traduire par « CELUI QUI N'A PAS PERDU SA CHANCE », il s'agit en l'occurrence de l'hôtel, à moins que ce ne soit les proprios ;-)

Je me souviens de cet hôtel, je l'ai déjà visité il y a deux ans et la propriétaire m'avait montré une pièce aux murs sales et il n'y avait pas le fameux cabinet pour les besoins naturels qu'on nomme ici sous le nom pompeux W.C. Curieusement cette fois, un homme qui doit être le mari de la dame nous montre une pièce du rez-de-chaussée qui est divisé en trois pièces communicantes. La pièce tout à gauche sert de salle de resto, au centre un bar et à droite une pièce d'environ 4 mètres sur 3 m avec peinture verte et blanche, cimentée et un grand lit en fer. Un matelas en toile PK (sorte de jute en nylon) bourré de foin trône sur le lit en fer, pas fameux le matelas mais bon, tout est propre y compris le drap jaune.

La chambre coûte 2.000 ariary dit l'homme (0,73 €). Je me dis, ça fait 10.000 francs, je compte encore souvent en francs. On demande s'il y a un autre lit. Non dit le propriétaire mais on pourrait y mettre un autre matelas (le même genre de grand sac avec foin sûrement) avec un supplément de 1000 ariary.

On se dit in petto que pour ce prix là c'est raisonnable, le même genre de chambre un peu minable coûte au bas mot cinq fois plus dans la capitale.

- Et les W.C ?

- Ah oui ! Dis le mec, Zana crie-t-il à l'intention d'une fille qui doit être leur bonne, conduit ces personnes aux W.C. On laisse nos bagages et on va voir ça de près, on peut toujours décommander si ça ne nous plaît guère.

La fille nous conduit à environ 200m de l'endroit en pleine nature. En tout cas les premières maisons d'habitations se trouvent à 50 m.

Maman s'y hâte d'y aller car elle a aussi une envie pressante, la toilette turque est fermée par un cadenas. L'intérieur est propre mais l'odeur qui se dégage du trou au fond est vraiment infect malgré les trous d'aérations faites à cet effet ! A se demander ce que les gens mangent à la campagne. Un peu plus et on est dans les pommes ! Enfin s'exagère un peu.

Fini les besoins et visites des lieux, retour à l'hôtel car il est déjà presque 14h et nos ventres crient famine.

- Quel est le plat du jour ? S'enquiert ma mère.

- Viande aux sauces tomates, dit la dame. 1400 ariary (0,51 euro) le plat.

Je me dis intérieurement, ça me change des plats à 6000 ariary minimum (2,20 euros) du « Chalet des roses » près de l'ancien bâtiment de l'ambassade US à Tanà !

- 2 plats s'il vous plaît.

On mange de bon appétit d'autant plus que curieusement dans cet hôtel qui ne paient pas de mine, ils sachent bien cuisiner. Les mets accompagne toujours le riz et ici, curieusement, il y a beaucoup plus de riz que de viande mais bon, pour ce prix on peut dire que c'est raisonnable, même pour un salarié moyen à 21 euros/mois.

14h : direction l'hôpital. A la grille du complexe hospitalier, on demande le gardien où se trouve la sage-femme qui nous a renseigné.

- Elle est en pleine visite des malades, prenez place sous cette tonnelle ombragée et attendez.

Bigre ! Je me dis en prenant place sous l'ombre, j'ai horreur d'attendre. On va donc attendre, je sors de mon petit sac un journal vieux de quelques jours que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire et je commence à lire. A 15h 35, je commence à perdre patience. Je cesse de lire et regarde alentour, un jardinier travaille en plein soleil en train de cultiver plusieurs sortes de fleurs sur un parterre en forme de rond-point devant l'hôpital. Sur l'une des ailes du complexe en forme de U, des patients attendent des résultats d'analyses. Un peu en retrait du rond point, un terrain très vaste est en train d'être clôturé, c'est incroyable, presque la moitié de cette petite ville est déjà pris par l'hôpital qui ne cesse de s'agrandir au fil des années et de sa réputation !

Je fais des va-et-vient devant la grille de temps en temps histoire de voir si les visites sont terminées puis reprend bien vite ma place sous l'ombre histoire de ne pas encore aggraver le coup de soleil que j'ai pris sur la route en allant à l'hôpital. Cette allergie au soleil qui m'arrive dès que je m'expose 5 mn au soleil ne me quitte décidemment pas.  

Je dis à maman de venir avec moi et on dit au gardien qu'on va attendre à l'intérieur de l'enceinte sur les bancs de la véranda de l'aile droite du bâtiment, on a assez d'attendre dehors.

(A suivre)

 

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