15 September 2006

L'opération (suite 5)

Arrivé au village, on passe à la boutique où notre car s'est arrêté en arrivant. Plus connue sous le nom de chez Rafily, la boutique est assez bien fournie car presque tous les produits de premières nécessités s'y trouvent. Je veux absolument acheter une brosse à dents car j'ai oublié le mien à Ihosy. Pour le rasoir je l'ai laissé en ville délibérément, la veille de mon départ, miss Fianarantsoa 1993 s'est mis en tête de me relooker en me coupant les cheveux façon Nick Kamen et en me taillant la moustache ainsi que la barbe assez courts, en revanche elle m'a conseillé de bien raser sur les joues et dans le cou près du pomme d'Adam, me voilà donc avec barbichette et court moustache ;-)

Chez Rafily j'ai un choix de brosse à dents vite réglé devant moi. Il y a 3 sortes en trois prix différents : de 200 ariary (0,07 €) à 800 ariary (0,29 €), j'ai une préférence pour ce dernier qui est de bien meilleur qualité, de plus c'est moins cher qu'à Ihosy. Dans les grands magasins de Fianarantsoa, les brosses à dents des grandes marques européennes se vendent jusqu'à 4000 ariary (1,47 €) !

Je rajoute un petit pack de jus d'orange encore moins cher qu'en ville, je m'étonne de plus en plus.

Enfin nous rentrons dans le petit hôtel vers 18h, en quelques minutes il commence déjà à faire nuit noire, on est en hiver.

C'est fou ce qu'on mange très tôt à la campagne ! On sert le dîner dès 18h30 et à partir de 19h30 le resto et le petit bar va fermer. On dîne donc d'un poulêt sauce à peine un peu plus cher que le prix de la viande à midi. Décidément ce petit hôtel ne semble connaître que des plats en sauce ;-)

On rentre dans notre chambre à dix-neuf heures et quelques et on fait nos lits, maman sur le grand lit et moi je mets par terre dans un coin mon matelas à foin. Le drap que l'hôtelier m'a donné est d'une propreté bien douteuse, heureusement qu'on a apporté nos draps nous-même ainsi que des chaudes couvertures, l'hôtel ne fournissant que le drap du lit. En quelques minutes nous dormons harassés par le voyage et les marches. Dès 5h du matin nous n'arrivons plus à dormir, d'ailleurs il y a déjà beaucoup de bruits dehors bien qu'il fait encore nuit noire. On dirait presque que les gens d'ici couchent et dorment en même temps que le coq !

Nous nous levons pour sortir et aller au W.C, dehors il fait bien froid et une brume épaisse est présente, il doit faire 7 ou 8°C car à part mon pull j'ai mis pardessus celui-ci mon doudoune.

De retour à l'hôtel on demande de l'eau en seau pour se laver et on se prépare pour aller faire les tests. On prend nos carnets et on y insère les papiers que les docteurs nous ont donnés pour les analyses. A 6h 45 on part pour l'hôpital qui se trouve à environ 1km, il faut arriver là-bas vers 7h afin qu'on soit parmi les premiers à faire les tests. Dès que nous arrivons il y a déjà quelques carnets avant nous et quelques personnes attendent sur les bancs de pierres le long de la grille de l'hôpital avant que celui-ci ne s'ouvre. Les plantes alentour sont toutes mouillées par la rosée matinale. La majorité des patients viennent du village et celles des villages voisines, ils sont emmitouflés pour la plupart dans le lamba traditionnel, sorte de drap couvrant le corps mais laissant apparaître le visage et les mains mais qui ne couvre que jusqu'au genoux. il y a aussi environ 5% des patients qui viennent d'Ihosy pour certains tests qui n'existe pas dans notre ville faute de réactif ou pour des échographies. Un autre pourcentage non négligeable d'environ 15% vient de loin et même parfois de très loin, de Morombe sur la côte ouest, de Tuléar, de Fianarantsoa, d'Ilakaka qui est l'eldorado malgache, capitale mondiale actuelle du saphir.

A 7h 30 la porte du labo s'ouvre et les appels commencent, vers 8h 00 nos noms sont prononcés et on entre faire des prises de sangs, on donne aussi nos échantillons de selles et d'urines qu'on a emporté depuis l'hôtel. Sur le carnet de maman est inscrite en stylo rouge « entrée en bloc vendredi », le laborantin lui fait beaucoup plus de test qu'à moi. Un des tests m'intriguait : l'oreille de maman sera ponctionnée par une aiguille, c'est peut-être pour voir si elle est hémophile ou pas je sais pas.

- Revenez cette après-midi prendre vos résultats vers 15h00, nous dit le laborantin.

Dès que les tests sont finis, nous rentrons à l'hôtel vers 9h. Comme on a sauté le petit-déjeuner on grignote des biscuits en buvant du coca. La petite domestique de l'hôtel dès qu'elle m'a aperçu me demande 100 ariary et je la lui donne.

L'heure du déjeuner est encore loin, voilà donc quelques heures vides à combler. Ma mère se soulage de son angoisse de l'opération en faisant quelques petites coutures qu'elle a emportée avec elle justement pour combler des heures vides à ne rien faire. Pour ma part je me mets à lire du journal. L'article sur le troisième tour cycliste de Madagascar m'intéresse. Ravoatabia, le malgache qui a gagné en 2004 semble être le favori cette année, l'année dernière la victoire est revenue à un français.

Après quelques lectures j'écris nos dépenses sur un petit carnet, puis je demande à ma mère.

- Combien d'argent tu as emporté ?

- 2 millions FMG (400.000 ariary) et quelques.

- Tu m'avais demandé combien on va emmener et je t'ai dis 3, pourquoi tu as changé d'avis ?

- Ben j'ai pas voulu en prendre dans le coffre car il y avait pleins de trucs qui me gênait devant que j'ai pas voulu déplacer, et puis j'ai pensé que le docteur ne nous donnera qu'un rendez-vous et qu'on reviendra quelques jours plus tard pour l'opération. Alors j'ai pris de l'argent dans un tiroir mais j'ai pas bien compté. Je n'ai pas du tout pensé qu'ils vont m'opérer tout de suite.

- Et voilà que les médecins ont décidé de t'opérer demain, on aura l'air de quoi s'ils présentent la facture après et que l'argent qu'on a emporté n'est pas suffisant ? On aura bien l'air fin….

- Comptons l'argent que je tu as sur toi et ce que j'ai sur moi.

Après comptage, nous avons en tout 459.400 ariary (soit 168 euros).

On se regarde ma mère et moi, très perplexe et angoissé à l'idée que ce que nous avons emmené ne suffira pas pour payer la facture de l'opération et de l'hospitalisation….

(à suivre)

L'opération (suite 4)

Tout le long de la véranda, de la porte 1 à la porte 5, les bancs sont pleins de gens en attente de l'appel. Les carnets des malades sont divisés entre les docteurs de la porte 1, 2 et 5. Il faut donc faire attention à l'appel pour voir si on vous appelle de laquelle de ces trois portes. Il devrait déjà être 16h 30 et la plupart de ces gens ont mis leurs carnets faire la queue depuis 14h afin de ne pas être appelé tard. 2h 30 d'attente donc et certains commencent à s'énerver car l'appel ne commence toujours pas.   D'habitude l'appel se fait tout de suite après la visite du corps médicale dans les chambres de 15 à 16h sauf pour Fara qui était de garde et qui a commencé depuis 14h ses injections. Cette sage-femme fait donc aussi office d'infirmière. Ce jour-là il   a dû y avoir une réunion de ces médecins après la visite pour expliquer ce retard.

Presque tous les gens qui attendent sur les bancs papotent en attendant l'appel. C'est ainsi que j'apprends que mon voisin de gauche vient du sud de l'île et qu'il est venu pour accompagner sa sœur qui doit être opéré du goitre, une autre proche voisine qui vient de l'ouest, de Tuléar, vient pour rééduquer son bras qui bien que guérie d'une plaie purulente quelques temps après une perfusion qui a mal tourné, n'a pas encore recouvré une vraie mobilité.

Il y a deux ans lors de mon premier passage, il y avait un mec qui consultait pour une tumeur à la tête. Il venait de Diego qui se trouve à 1849 kilomètres de route ! C'est dire la renommée de cet hôpital.

Enfin 17h sonne et les premiers appel se font : 3 heures d'attente au lieu des 2 heures habituelles ! Chaque malade appelé entre pour sa consultation. Maman est bientôt appelée porte cinq tandis que 2 minutes après je suis appelé porte numéro deux.

C'est une doctoresse qui me reçoit porte N°2, sur son badge est inscrit Dr Seheno RAMAHERISON, médecin diplômé d'Etat. Une généraliste donc. Ici les docteurs sont connus des patients sous leurs prénoms et non sous leur noms de famille. Le Dr Seheno est visiblement de l'ethnie merina d'après son nom, son teint clair et son accent. La plupart des 30 personnes composant le personnel sont des merinas, à se demander comment ils arrivent à s'habituer d'habiter dans ce trou perdu, eux qui viennent généralement des grandes villes. Deux ou trois des médecins ont leurs maisons dans ce complexe médical, un peu à l'écart des bâtiments des malades. Les autres personnels habitent au village un peu en contrebas.

La doctoresse me demande ce qui m'amène à consulter et je lui dis à propos de mon allergie au soleil, mon hypotension orthostatique et mon oreille droite qui n'entend depuis belle lurette que vaguement, comme si les gens qui parlent sont dans une cave sous le sol.

- Votre problème d'hypotension orthostatique vient sans doute du fait que vous vous levez subitement et du fait que vous aviez faim. Cela peut aussi venir d'un manque de calcium. Vous avez des tests à faire, dit-elle en écrivant sur un bout de papier. Venez à jeun demain matin à 7h30 pour les tests au bâtiment près de l'échographie (cet hôpital possède un service échographique alors qu'Ihosy une ville de 30000 habitants n'en possède pas !). Voyons maintenant cette oreille. Et elle prend un instrument qui a un peu la forme d'une perceuse électrique qui a une vive lumière au bout.

- Vous n'aviez pas eu d'oreillon ou d'otite dans la petite enfance ?

- Non, je n'en ai pas souvenir.

Elle m'ausculte l'intérieur de l'oreille droite.

- Non vous n'avez pas le tympan perforé, et je ne vois pas d'objet resté à l'intérieur. Par contre je vois une otite et de l'eczéma.

Et elle me prescrit sur mon carnet du Vastarel en 20 comprimés, 30 comprimés de complexe B et du Ciplox goutte.

- 2 gouttes trois fois par jour. Pour le Vastarel c'est une fois par jour et le complexe B trois fois par jour. Pour votre problème d'allergie solaire, n'oubliez pas votre crème solaire écran total car c'est le seul prévention efficace. Les médicaments que je vous ai prescrits vous l'achetez à la pharmacie de l'hôpital près de la grille. Nous n'avons pas ici de la crème solaire car ça coûte vraiment cher, achetez ça en ville.

Puis elle me donne le petit papier pour les tests à faire pour le lendemain et un autre papier pour payer la consultation au petit bâtiment près de la grille d'entrée.

- Revenez me donner les résultats demain après-midi.

1000 ariary (0,37 euro) ici la consultation alors qu'à Ihosy elle est passée depuis six mois au moins à 3000 ariary (1,10 euro) ! Le corps médical à Madagascar applique au moins cinq fois ces tarifs pour les non résidents.

Je sort et j'attends Maman qui sort bientôt elle aussi de la porte 5. Elle a simplement répondu à quelques questions mais on lui a fait faire plusieurs tests pour demain aussi. Condition inévitable avant de passer à l'opération.

On arrive devant le bâtiment de la pharmacie après avoir payé ma consultation, pour maman la consultation sera inscrite sur sa facture lors de sa future sortie après l'opération. Devant la pharmacie c'est une bousculade ! Plusieurs mains avec les tickets des médicaments à acheter se tendent vers la fenêtre avec barreaux. Il n'y a pas moyen d'y entrer en tous cas. Tout le monde veut avoir bien vite ses médicaments. Je ne m'en sors qu'au bout de dix minutes et là, surprise sur le ticket de caisse, il est libellé en euro ! 13.000 ariary (4,76 euros) est devenu 13.000 €, avec 13000 euros je serais aussi riche que Crésus, enfin presque….

Pour l'instant c'est la plus grande dépense que nous ayons eu à gérer.

Après avoir eu mes médicaments, on rentre au village qui commence au bout cette longue allée d'environ 400m non asphaltée et bordée d'arbres. De part et d'autres des arbres, il y a sur environ 100 m de longueur les bâtiments d'habitation de la famille de Marie qui, d'après ce que j'ai cru comprendre, n'est pas un ordre religieux bien que les membres féminines ont fait vœux de chasteté. Puis vient la campagne et un petit terrain de foot assez minable qui n'a de terrain de foot que le nom. Le calme environnant et bien reposant est on remarque que le village et l'hôpital sont dans le creux d'une vallée somme toute assez jolie. Quelques corbeaux crient et volent un peu plus loin. On est en pleine nature. Moi je commence à vraiment sentir le froid qui tombe car j'ai oublié mon pull à l'hôtel, il doit faire 11°C.

L'opération (suite 3)

Nous passons la grille puis nous asseyons sur l'un des bancs de la véranda de l'aile est. Je me remets à lire mon journal, ma mère n'est pas du tout concentrée à lire car elle est angoissée. Quelques articles me passionne dont l'un qui parle du chanteur Rossy qui a envie de rentrer sur Dago (surnom de Madagascar) après 4 ans d'exil en France avec l'ancien président et quelques autres fidèles de l'amiral. Une autre colonne parle de la nouvelle télé réalité, Idole Madagascar qui est en train d'être lancée par l'unique chaîne nationale. Après Pazzappa qui est à sa quatrième saison actuellement, voici donc une autre émission qui va faire fureur puisqu'elle sera vue sur l'île entière alors que pazzappa n'est reçu que dans la région de la capitale sur une chaîne privée. C'est le genre star Academy avec 35 jeunes issus de casting des 22 régions de l'île. Ils seront enfermés dans une villa luxueuse de la capitale avec tout le confort possible et le ou la gagnante recevra une voiture berline neuve et les 2 autres des billets aller-retour en Europe à l'issue du concours. Encore quelques lectures sur l'économie et le tourisme à Maurice puis je vais laisser mon journal. Je ne lis que très rarement les faits divers alors que d'après un sondage, c'est la première chose que les malgaches lisent en ouvrant leur journaux. A l'île Maurice le même sondage trouve qu'ils lisent en premier la rubrique nécrologique !!!

Lassée du journal je passe sur une fiche de jeux questions pour un champion concernant France Gall, hélas je n'ai trouvé que deux bonnes réponses à la suite. Dégoûté je lève les yeux et je vois un jeune vazaha en jean et pull noir qui passe pas loin de nous, il a environ la trentaine, la silhouette de Pierre Palmade sauf pour la tête qui ne lui ressemble pas et a une façon un petit peu féminine dans sa façon de ranger avec sa main ses cheveux bouclés ni courts ni longs.

Ma mère et moi on se regarde en disant :

- Et si c'est lui qui va m'opérer ?

- Non, je dis, il est un peu trop jeune, tu ne trouves pas ?

- Et s'il c'est un jeune qui vient ici juste pour se faire la main ?

- Non, c'est pas possible, c'est une opération un peu délicate pour être faite par un novice. Mais qui sait ? Peut-être que c'est lui ce fameux chirurgien ? Il ne faut jamais le sous-estimer sous prétexte que ce soit un jeune.

Je me ravisais en effet en me disant qu'il ne devait pas y avoir 36 vazaha dans cette bourgade d'autant plus que ce n'est point le genre d'endroit que les touristes visitent. Ces derniers vont plutôt à Ifaty près de Tuléar pour la plongeon ou à Fort-Dauphin avec sa célèbre plage libanona ou encore voir la baie de Diégo-Suarez avec son fameux pain de sucre, l'île de Nosy-Be ou encore Sainte-Marie et ses baleines. Bref les endroits pour touristes ne manquent pas sur l'île, tout sauf cette petite bourgade du bout du monde.

Enfin vers 16 heures, la sage femme sorte d'une porte assez loin et en nous apercevant, viens vers nous.

- Bonjour.

- Bonjour, vous avez reçu mon message ?

- Oui c'est pour ça que nous sommes venus assez vite.

- Oui vous avez bien fait car ce chirurgien ne restera pas longtemps, il repartira en Italie en Août. Je vais tout de suite parler à Dr Roger le médecin chef ainsi qu'au chirurgien vazaha et ils vont vous recevoir.

Peu après le médecin chef nous invite à rentrer, ma mère entre en première et je me tiens un peu en retrait dans la salle d'urgence où il nous a fait entrer et présente à ma mère le jeune vazaha qu'on vient de voir.

- Voici le spécialiste qu'on attendait depuis longtemps, dit-il à ma mère. Vous vous souvenez lors de votre séjour en 2003, je vous ai dit que je vous ferais passer le message lorsqu'un spécialiste viendra.

L'hôpital a son chirurgien et le Dr Roger lui-même est un assistant chirurgien mais lors du précédent passage de ma mère, ils n'ont pas osé l'opérer, préférant attendre la venue d'un spécialiste en chirurgie vasculaire.

Ils nous mènent vers une autre salle contiguë et le médecin vazaha (prononcez vasa) commence à poser toute une série de questions en italien à ma mère tout en consultant sa jambe droite avec les veines très gonflées et disgracieuses. Le Dr Roger traduit au fur et à mesure. L'italien ne parle pas un mot de français alors que c'est l'une des deux langues officielles à Madagascar.

Vers la fin de la consultation, le Dr Roger dit :

- Vous voyez ce médecin, je l'ai spécialement    appelé de l'Italie pour vous soigner. Ma mère et moi sourions en se disant qu'il doit un peu exagérer.

- Veuillez patienter  porte 5, dit-il à l'intention de ma mère et attendez l'appel de vos noms par le Dr Misa. Lors de notre attente à la grille en effet, on a déjà mis nos carnets sur la pile des carnets des autres malades, les carnets tout en bas seront les premiers appelés. Le mien y est aussi car je profite de ce voyage pour voir ce qui ne va pas chez moi, dernièrement j'ai eu des hypotensions orthostatiques, il y a aussi mon problème d'allergie solaire, et je voudrais surtout voir ce qui ne vas pas avec mon oreille droite qui a perdu 80% de sa perception :

J'ai le souvenir vague qu'à l'âge de 5 ans environ, ma sœur et une cousine m'ont nettoyé l'oreille à l'aide d'une tige d'allumette sur lequel elles ont mis du coton. Tout à coup elles ont eu peur car il y avait comme un petit bruit de chose qui a éclaté et moi j'avais mal en ayant l'impression de ne pas entendre, j'ai eu l'impression d'avoir le tympan perforé ou que le coton y est resté au fond depuis bientôt 29 ans maintenant. Il est plus que temps d'en avoir le cœur net si effectivement j'ai le tympan perforé ou si seulement le coton y est resté profondément.

(A suivre)

L'opération (suite 2)

Je mets mon sac en toile de camouflage dans le dos et dans les mains le grand sac de maman et un petit sac où il y a quelques effets genres lunettes, casquette, baguettes de pains, paquets de biscuits et bouteille d'eau, rouleau de papier toilette. A Madagascar il faut toujours être prévoyant lorsqu'on voyage car on pourrait très bien avoir une panne en plein campagne sans pouvoir réparer la voiture parfois et sans habitation à des kilomètres. J'en ai fait une fois l'expérience avec une panne sur la route pour Fianarantsoa alors qu'on était en plein hiver et qu'il faisait 7°C la nuit…

Maman a dans les mains un petit sac et un petit carton avec quelques vaisselles de cantine au cas où on en aurait besoin.

Je regarde autour de nous, tout à côté du car il y a une boutique qui semble être le plus important de cette minuscule ville. Juste à côté du magasin il y a un resto sans prétention mais qui semble être tout de même mieux que les autres. Je me souviens tout à coup d'un sketch de Francis Turbo :

Les restos locaux doivent être « gradés », si les hôtels ont 1 ou 2 ou 3 étoiles, les restos doivent être échelonnés en fonction des mouches qui s'y trouvent. Il doit y voir ainsi un « resto 3000 mouches, resto 500 mouches ou 1 mouches. Le plus « gradés » en mouches étant le plus infect, lol !

 Je me dis in petto que celui-ci doit être un resto à 10 mouches ;-)

La boutique tout à côté appartient au propriétaire du car ainsi que le resto. Voilà pourquoi on n'est pas parti d'Ihosy plus tôt car il y a calcul : On coïncide l'arrivée du car avec l'heure du déjeuner afin de glâner quelques clients potentiels ! Cette fois pourtant aucun des voyageurs n'y est entré, beaucoup préférant sans doute un resto moins conventionnel et surtout moins cher.

Mais le plus important pour nous n'est pas de manger mais de trouver d'abord où se loger avant que les rares endroits ne soient pris par les quelques voyageurs qui pourront se payer une chambre, la plupart se logeront sûrement chez des connaissances.

Un homme qui doit être alcoolique à voir sa mine vient vers nous, un rabatteur sûrement, inévitable à Madagascar. Dès que vous descendez d'un car il y a des tas de mecs qui proposent pour vous un car pour votre destination final si vous êtes en transit, qui cherche un hôtel, qui cherche un porteur etc…Le plus dangereux étant le porteur qui peut tout d'un coup, s'il est malhonnête, s'enfuir avec vos bagages surtout s'ils sont légers.

Bon nombre de touristes se font avoir chaque année par ces porteurs, les touristes sont considérés par bon nombre comme des « dollars sur pattes » et les vêtements des voyageurs sont des indications pour ces rabatteurs avant de prononcer leurs prix. Un voyageur en tee-shirt et jean ne sera pas taxé au même prix qu'un homme en cravate ou en tennis Adidas qui coûte trois mois de salaire.

Répondant à nos questions sur l'existence d'un hôtel présentable avec douche et W.C, l'homme nous dit que oui et propose de porter un de mes sacs, ce que je refuse poliment même si je sais qu'il a peu de chance de s'enfuir avec mon bagage avec l'alcool qu'il doit avoir dans le sang. Et même s'il court avec je le rattraperais bien vite : je suis encore bon en sprint même si j'ai laissé l'entraînement bihebdomadaire depuis quelques années, mon record au 100m en 10sec44 datait bien de 11 ans déjà mais bon je cours encore même si ça devient plus rare. L'homme nous mène dans une rue pas bien loin. Là se trouve une maison à une étage qui ne paie pas de mine sans être dégueulasse pour autant (allons, il ne faut pas faire le difficile dans ce trou perdu). Sur l'enseigne est écrit « TSY VERY ANJARA », ce qui peut se traduire par « CELUI QUI N'A PAS PERDU SA CHANCE », il s'agit en l'occurrence de l'hôtel, à moins que ce ne soit les proprios ;-)

Je me souviens de cet hôtel, je l'ai déjà visité il y a deux ans et la propriétaire m'avait montré une pièce aux murs sales et il n'y avait pas le fameux cabinet pour les besoins naturels qu'on nomme ici sous le nom pompeux W.C. Curieusement cette fois, un homme qui doit être le mari de la dame nous montre une pièce du rez-de-chaussée qui est divisé en trois pièces communicantes. La pièce tout à gauche sert de salle de resto, au centre un bar et à droite une pièce d'environ 4 mètres sur 3 m avec peinture verte et blanche, cimentée et un grand lit en fer. Un matelas en toile PK (sorte de jute en nylon) bourré de foin trône sur le lit en fer, pas fameux le matelas mais bon, tout est propre y compris le drap jaune.

La chambre coûte 2.000 ariary dit l'homme (0,73 €). Je me dis, ça fait 10.000 francs, je compte encore souvent en francs. On demande s'il y a un autre lit. Non dit le propriétaire mais on pourrait y mettre un autre matelas (le même genre de grand sac avec foin sûrement) avec un supplément de 1000 ariary.

On se dit in petto que pour ce prix là c'est raisonnable, le même genre de chambre un peu minable coûte au bas mot cinq fois plus dans la capitale.

- Et les W.C ?

- Ah oui ! Dis le mec, Zana crie-t-il à l'intention d'une fille qui doit être leur bonne, conduit ces personnes aux W.C. On laisse nos bagages et on va voir ça de près, on peut toujours décommander si ça ne nous plaît guère.

La fille nous conduit à environ 200m de l'endroit en pleine nature. En tout cas les premières maisons d'habitations se trouvent à 50 m.

Maman s'y hâte d'y aller car elle a aussi une envie pressante, la toilette turque est fermée par un cadenas. L'intérieur est propre mais l'odeur qui se dégage du trou au fond est vraiment infect malgré les trous d'aérations faites à cet effet ! A se demander ce que les gens mangent à la campagne. Un peu plus et on est dans les pommes ! Enfin s'exagère un peu.

Fini les besoins et visites des lieux, retour à l'hôtel car il est déjà presque 14h et nos ventres crient famine.

- Quel est le plat du jour ? S'enquiert ma mère.

- Viande aux sauces tomates, dit la dame. 1400 ariary (0,51 euro) le plat.

Je me dis intérieurement, ça me change des plats à 6000 ariary minimum (2,20 euros) du « Chalet des roses » près de l'ancien bâtiment de l'ambassade US à Tanà !

- 2 plats s'il vous plaît.

On mange de bon appétit d'autant plus que curieusement dans cet hôtel qui ne paient pas de mine, ils sachent bien cuisiner. Les mets accompagne toujours le riz et ici, curieusement, il y a beaucoup plus de riz que de viande mais bon, pour ce prix on peut dire que c'est raisonnable, même pour un salarié moyen à 21 euros/mois.

14h : direction l'hôpital. A la grille du complexe hospitalier, on demande le gardien où se trouve la sage-femme qui nous a renseigné.

- Elle est en pleine visite des malades, prenez place sous cette tonnelle ombragée et attendez.

Bigre ! Je me dis en prenant place sous l'ombre, j'ai horreur d'attendre. On va donc attendre, je sors de mon petit sac un journal vieux de quelques jours que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire et je commence à lire. A 15h 35, je commence à perdre patience. Je cesse de lire et regarde alentour, un jardinier travaille en plein soleil en train de cultiver plusieurs sortes de fleurs sur un parterre en forme de rond-point devant l'hôpital. Sur l'une des ailes du complexe en forme de U, des patients attendent des résultats d'analyses. Un peu en retrait du rond point, un terrain très vaste est en train d'être clôturé, c'est incroyable, presque la moitié de cette petite ville est déjà pris par l'hôpital qui ne cesse de s'agrandir au fil des années et de sa réputation !

Je fais des va-et-vient devant la grille de temps en temps histoire de voir si les visites sont terminées puis reprend bien vite ma place sous l'ombre histoire de ne pas encore aggraver le coup de soleil que j'ai pris sur la route en allant à l'hôpital. Cette allergie au soleil qui m'arrive dès que je m'expose 5 mn au soleil ne me quitte décidemment pas.  

Je dis à maman de venir avec moi et on dit au gardien qu'on va attendre à l'intérieur de l'enceinte sur les bancs de la véranda de l'aile droite du bâtiment, on a assez d'attendre dehors.

(A suivre)

 

Madagascar... l'opération chirurgicale

EPISODE 1:

 

En route pour Sakalalina :

26 Juillet 2006 :

Une dame vient de rentrer dans la boutique.

- Je viens de la part de Fara, la sage-femme qui habite à Sakalalina. Elle m'a chargé de vous dire qu'un vazaha (ndlr :européen) spécialiste de la chirurgie vasculaire vient d'arriver. Il ne restera pas longtemps au pays.

En entendant cela, ma mère est dans tous ses états, on a vite fait de faire le programme. Je viendrai avec elle en attendant ma sœur et mon beau-frère qui viendront si l'opération se précise sur place. La journée du 27 est réservée à la préparation. J'ai mis dans mon sac de voyage quelques effets vestimentaires genre tee-shirts, pantalons, un tricot sans oublier quelques journaux et magazines pour passer le temps à la campagne. J'ai remarqué lors de mon précédent passage en 2004 qu'il n'y aucune boutique qui vend des choses à lire sur place.

28 Juillet 2006 :

On a acheté les billets vers 7h du matin. Le prix d'un billet est de 3500 ariary soit 1,28 euro (1€ = 2729 ariary), la hausse du carburant a eu une répercussion sur le tarif qui était de 3000 ariary.

Curieusement, on ne fait pas encore monter les voyageurs alors que le nombre de passagers pour la voiture est atteint depuis deux heures.

Finalement, à10h30mn, le car brousse pleine comme un œuf démarre, il y a même trois gars au fond qui sont debout et il n'y pas moyen d'insérer une feuille entre moi et ma mère qui est à ma gauche ni mon voisin à droite!

Sakalalina est une bourgade d'environ 1500 ou 2000 habitants et se situe à 65km à l'est d'Ihosy. Les 21 premiers kilomètres sont tout en douceur est pour cause, c'est la nationale 7 sur la route du nord. Une fois fini ces 21 kilomètres, on prend une piste à droite de la nationale est là, la galère commence, imaginez une piste très caillouteux avec moult trous gros comme des autruches sur une bonne longueur de 44 kilomètres. Ce n'est pas étonnant si les voitures mettent généralement 3 heures pour faire les 65 kilomètres qui sépare Ihosy de ce gros village, la même durée que pour faire les 200 km de route tout en bitume reliant Ihosy à Fianarantsoa située à 198km !

Tout le long du trajet sur la piste, les secousses et les nuages de poussières sont de rigueurs ;-(

La poussière commence à me titiller le nez, un peu plus et c'est le rhume.

De part et d'autre de la piste, des maigres végétations d'herbes sèches et d'arbres rabougris, pas mal ont étés coupés pour faire du charbons de bois, moins onéreux que les cuisinières à pétrole ou le gaz qui coûte trois semaines de salaire la bouteille de 9kg.

Vers 13h25mn, on arrive à ce village qui est fameux dans bon nombre de régions de Madagascar pour son hôpital. Sans cet hôpital, ce trou perdu serait ennuyeux à en mourir. Il est géré par la famille de Marie, un ordre dont les membres, tous féminines, ont fait dit-on des voeux de chasteté. Mademoiselle Agnès, une vieille Vazaha a construit cet hôpital au milieu des années 70 et depuis, il n'a cessé de prendre son essor jusqu'à son inauguration officiel en 1987 en présence du président de l'époque est du ministre de la santé. En comparaison avec d'autres grands centres de santé de l'île en rapport qualité-prix, il est imbattable car le moins cher avec une qualité non négligeable.

Le car est arrivé donc est tout le monde descend, on a à l'œil la descente des bagages afin d'éviter que d'autre soit tenté de les prendre de la main de l'aide chauffeur qui les descendent de la porte-bagages.

Première chose à faire : trouver un hôtel, petit forcément dans ce bourgade mais avec au moins des toilettes turcs et une douche rudimentaire. Lors de mon premier séjour en septembre 2004, j'ai dormi dans un hôtel vraiment minable car je n'ai pu trouver un petit hôtel avec un petit coin ni de l'eau suffisant pour la toilette, à peine un seau par jour pour se brosser les dents, se laver les mains etc…, j'ai été obligé comme la plupart des habitants de la campagne à faire mes besoins dans les hautes herbes un peu éloigné des habitations, gare si un sanglier surgit tout à coup ! Ici dans les campagnes, les gens ne comprennent pas qu'on puisse « garder » les déchets dans une « maison (ndlr :le petit cabinet)».

A l'hôpital il y a bien les coins WC bien aux normes avec chasse d'eau, robinet et tout, mais réservé aux patients.

Je me dis que le séjour va commencer mal.

(à suivre)